FICTIONS

Donner la vie à des histoires

Temps de lecture : 11 minutes (2214 mots)

Je t'ai aimé le court d'un instant

Je t'ai aimé le court d'un instant

La première fois que je t'ai vu, c'était un jour d'hiver dans une petite rue, en plein milieu de Perpignan, une ville qui avait déjà malheureusement perdu un peu de son charme d'antan. A quelques mètres du Castillet, tu avais l'air angoissé, tu marchais vite et prenais des risques pour traverser. Tu portais un petit manteau beige avec une robe ravissante en dessous, on sentait que la froideur de la neige te faisait trembler de partout.

Le cœur léger, je t'observais. Tu étais juste devant, parfois tu accélérais ; à chaque bourrasque de vent, je te suivais encore de plus près. Puis, tu arrêtais des passants pour demander où se trouvait la gare, je compris alors que tu craignais d'être en retard. Je ne sais plus ce que je voulais faire en ville, mais je voulais plus rien d'autre que t'aider. Tu t'arrêtais le pas fragile devant chaque passant mais aucun ne semblait vouloir te guider pour autant. Quand j'ai senti le mal de ton manège et l'indifférence que les gens t'offraient, je voulus forcer le destin pour te croiser, te faisant croire au passage que seul le hasard en avait le privilège. Alors, tu me posas une simple question et contrairement aux autres, j'y portai la plus grande attention :

-Excusez-moi, où se trouve la gare ?

D'un air timide et idiot, je te regardai avec tendresse mais tu ne voyais sans doute pas la délicatesse qu'il y avait dans mes yeux. A cet instant, me vint une idée stupide mais ne voulant pas réfléchir davantage, je fis naître d'un amer courage, une fable dont seul le désir avait la folle envie de construire :

-Suivez-moi, j'y vais aussi.

Tu me remercias avec une telle douceur que je me sentais comme un super héros du quotidien, je vivais en moi un étrange bonheur qui se mêlait rapidement au tien. Bien sûr, je n'avais pas de train à prendre mais j'aurai pu descendre à n'importe quel quai du monde pour être avec la beauté que tu incarnais d'une modestie à s'y méprendre. J'ouvris le pas pour te montrer la voix et tu me suivis avec une telle joie que j'étais presque gêné d'avoir oser mentir pour t'aider. C'était comme si tu m'avais espéré depuis des années, tellement tu étais désespérée de trouver le chemin que personne n'avait voulu t'indiquer. Il y avait bien des panneaux dans la ville, mais avec ce froid, cette neige et ce vent, il était difficile de les voir clairement.

Tu restas près de moi jusqu'à la gare qui n'était pas très loin, dans ma tête j'essayai de préparer avec soin, un moyen de rester près de toi pour tenter de partager encore quelques émois que je sentais au fond de moi. Devant les portes d'entrées, je voulais savoir où tu allais :

-Quel train tu prends ?

-Aucun, j'attends quelqu'un. Me dis-tu en entrant dans le hall de la gare.

-D'accord ! Je vais attendre quelqu'un moi aussi.

Encore un mensonge, j'étais cependant ravi de ne pas partir, je vivais un véritable songe dans l'ivresse de l'idéal d'un avenir. Dès cet instant, tu me plaisais déjà, pas que tu étais ma vision de la femme idéale, mais tu m'avais charmer un peu plus à chaque pas, juste parce que je sentais que tu avais quelque chose de spécial. Sans même te connaître vraiment, je voulais dessiner une vie où tu serais la muse de mes poésies. Le fait de savoir que tu attendais une personne à la gare, voulait dire aussi que tu vivais près de chez moi et que je pouvais espérer ma foi, que tu sois l'âme sœur tant attendue. Mon coeur commençait alors à réclamer son dû.

On s'enfonça plus loin dans le hall. Celui-ci était aussi vide qu'une école pendant les vacances scolaires. D'un balayement des yeux, je repérai les lieux. Je vis ainsi deux sièges libres dans un coin, je sentis en me tournant vers toi que le plaisir de s'assoir était venu enfin. Je te fis signe de me suivre jusqu'à ces fameux sièges, tu acceptas avec une joie débordante. Je me disais que mon sentimental piège allait finir peut-être par capturer tes sentiments d'une façon étonnante.

J'essayai de parler, tu me coupas dans l'élan. Tu sais, ces moments-là où tu te sens gênée et tu laisses l'autre s'exprimer mais au final c'est lui aussi qui te dis "vas-y, je t'en prie". Pour résoudre le problème, je m'écriai :

-Les dames d'abord !

-Vous attendez quelqu'un qui vient de quel train ?

La question m'avait surpris, la réalité me rattrapa soudainement. Nerveusement, je souris. J'essayai de cacher mon malaise et heureusement, je parvins à éteindre les braises d'un mensonge qui allait s'enflammer. Je trouvai une réponse qui se laissait appréciée :

-Le train de Montpellier, commençai-je. Mon ami fait souvent un petit tour là-bas pour retrouver des vieilles connaissances, continuai-je en enjolivant effrontément mes bobards. Il aurait pu y vivre mais il préfère Perpignan.

J'aurai pu écrire toute une histoire, ne serait-ce que pour t'avoir un soir. Mon imagination n'avait aucune limite, mais je n'avais aucun mérite, je mentais aisément à la jeune demoiselle qui me faisait poussait des ailes. Moi qui n'avais jamais aimé charmer pour en venir à mes fins, je voulais tout de même vivre une histoire comme celles dont j'étais l'écrivain. Je me laissais aller, tant tu m'envoûtais. Etait-ce toi ou moi qui jouait le plus du charme qu'il opérait ?

Quoi en soit, ma réponse que je t'avais donné semblait juste et tenait debout. De ce fait, ton visage s'illumina d'un coup, après ma tirade et comme une douce bousculade que tu mis à mon cœur, tu me dis d'un rire soulignant toute ta splendeur :

-Moi aussi, j'attends quelqu'un de Montpellier mais il semblerait que finalement il y a trente minutes de retard. Comme je ne suis pas de Perpignan, je suis partie plus tôt au cas où et finalement, j'ai couru pour rien. Je cherchais la gare partout et je savais pas où elle était, heureusement que tu es arrivé.

Je restai bête. Je me disais que le hasard pouvait aller très loin à tel point que je me demandais en moi-même si tout cela n'était pas écrit comme un scénario d'un film d'Amour. Alors au fond de mon être, je me disais que les beaux jours pouvaient peut-être venir enfin sonner les cloches de leur retour. La discussion me paraissait bien engagée, je tentai de m'aventurer vers des questions plus personnelles pour savoir ce que ton cœur recèle :

-Tu es d'où ?

-D'un peu partout en réalité. Me répondis-tu avec un doux accent étranger qui venait tout juste de ressortir un peu. J'ai beaucoup voyagé.

-Tu vis sur Perpignan maintenant ? Continuai-je.

-Oui. Depuis quelques jours à peine.

-Ici, on est bien, dommage que beaucoup pensent qu'il n'y a rien.

-Ce qui me dérange c'est surtout la mentalité, c'est la même qu'ailleurs, je pensais qu'ici ce serait différent.

-Le plus souvent c'est ailleurs qui vient ici et donc, tout devient comme ailleurs.

-C'est sûrement ça. Soupiras-tu en lâchant juste après le plus beau sourire que j'ai pu recevoir.

J'étais à mon aise, tu l'étais aussi, je ne voyais plus le malaise qui pouvait m'empêcher de te faire entrer dans ma vie. Je m'approchai de toi de plus en plus en cherchant la faille où je pouvais entrer dans tes entrailles, jusqu'à ton âme et connaître toute la douceur qui faisait de toi cette magnifique femme. Puis, je voulais savoir par quel nom j'allais appeler mon idylle et je trouvai enfin le moment pour le demander d'une façon subtile :

-Je m'appelle Maïly mais mes amis m'appellent Mia.

-Enchanté Mia, c'est sublime et ça te va magnifiquement bien, un joli nom pour une si jolie personne.

Le compliment ne semblait pas te ravir, peut-être avais-tu l'habitude qu'on t'en fasse trop souvent, tu continuas de sourire mais je sentais un mal être qui venait de nous séparer en un instant. Essayant de me rattraper, je te dis le nom que je portais. Le reste de la discussion s'enchaîna avec légèreté. Tu t'ouvrais, tu avais envie de parler, je t'écoutai.

Le temps passa, tu avais un peu froid, je te pris dans mes bras après avoir mis mon manteau sur toi. C'est alors que le moment arriva. Le train n'allait pas tarder, je me disais que c'était pour moi le terminus. Mais il était encore possible d'écrire cette histoire un peu plus, j'étais prêt à grappiller encore des secondes, pour entrer un peu plus dans ton monde. Peut-être même conclure pour être cent mille fois sûr de te revoir, un matin, une après-midi ou un soir, avoir ton numéro et te garder dans mes contacts, graver enfin l'Amour aux prochains actes. Tu étais toujours dans mes bras, nous avons passé plus d'une demi-heure côte-à-côte, je me disais « qu'importe ce qu'il adviendra, pourvu que ton coeur soit mon hôte ». Tu levas la tête en me regardant droit dans les yeux, toujours avec un sourire radieux, je m'approchai pour saisir tes lèvres et goûter à la fièvre d'un baiser volé à l'ardeur de mes envies. Mais avant même de toucher la saveur de tes demi-lunes, l'appel du train avait résonné, avec lui celui de mon infortune.

Gênés, nous nous levâmes. J'aurai pu te saisir là, sœur de mon âme. Le pas pressé, je te guidai jusqu'au quai avec le cœur serré, j'aurai voulu te tenir la main, de peur de te perdre parmi les gens, mais je me contentai de ne jamais te perdre d'un regard souverain, pour gagner encore avec toi un peu plus de temps. Si le hall était désert, le quai était plein, les gens se bousculèrent pour attendre le train. Finalement, avant d'arriver sur le bon quai, dépassée par le monde qui t'entourait, tu me pris à ma grande surprise la main. Tu disais avoir peur de trébucher avec toutes ses valises qui dévalaient, mais peut-être était-ce un prétexte pour ne pas être séparés.

On arriva alors derrière le trait jaune de sécurité et on finit par s'immobiliser. On voyait déjà le train au loin, tu brillais d'un bonheur qui m'était alors encore inconnu. Moi je te regardai l'air serein, tu avais toujours ta main dans ma main et j'aurai voulu que le temps s'arrête pour vivre éternellement toute cette joie que j'avais jusqu'ici reçu. Il pouvait y avoir du bruit, je n'entendais plus que la musique qui battait dans mon for intérieur. J'étais bien mais j'avais aussi peur. Peur de ce qui aller venir. J'aurai pu crier toute la folie que tu me faisais ressentir, peu importe le monde qui m'entourait, je voulais te demander tes coordonnées, savoir où tu habitais, ce que tu faisais après. Mais…

Les wagons s'arrêtèrent, nos mains se lâchèrent, les passagers sortirent et parmi eux, la fin de mon désir. L'impatience te torturait, tu avais l'air un peu stressée, comme si tu attendais depuis, le départ du compte-à-rebours de ta vie. Alors, un homme sortit. En le voyant, tu crispas tout ton visage et tu te mis à pleurer. Tu courus jusqu'à lui pour mettre fin à son voyage et lui dire sans doute qu'il était temps qu'il soit rentré. Il te serra fort contre lui en lâchant toutes ses valises et quoi que j'en dise, je lui enviais sa chance. Aussitôt, il t'embrassa sur le front et l'espoir de vivre un Amour avec toi se brisa en milles éclats. Je me retournai et je vous laissai à votre alliance.

Je m'apprêtais à partir sans même te dire au revoir, j'avais du mal à retenir mes larmes. Sentimentale histoire, en peu de temps j'ai connu l'harmonie et le vacarme, la chute me fut si mal. Je m'empressai de courir à travers la gare pour m'éloigner du mal, mon cœur saignait comme si on lui avait tiré dessus, qu'importait la distance parcourue, il fallait que je courre pour chercher du secours. Puis…

Du fond de ma descente en enfer, l'appel éphémère d'un ange. Je m'étais retourné et tu avais couru pour me retrouver. Quel malheur étrange, je n'avais pas su te le cacher. Je voyais bien dans tes yeux que tu m'avais compris et de toute ta gentillesse tu m'avais simplement dit :

-Merci.

Tu embrassas ma joue droite avec une tendresse adroite. Tu t'en allas aussitôt en me laissant une carte et ton numéro. En retournant le petit bout de papier, j'avais souris en voyant qu'il y avait un petit mot qui me disait : " J'aurai dû te rencontrer plutôt. Mia ". La faute me sauta aux yeux, "plutôt" que "plus tôt". J'étais certes malheureux mais le poète en moi ne pouvait s'empêcher de donner autant d'attention à ces mots mal employés. Je me sentais comme un idiot, entre cette pensée déplacée et cet Amour qui mourut si tôt. J'étais resté un moment debout au milieu de la gare, en te regardant t'éloignant vers l'horizon. Quelque part, ce qu'il y avait de bon n'était pas parti complètement. Je repris peu à peu mes esprits, digérant déjà le mal que j'avais subi. Je me rassurai alors en me disant que tu t'étais faite pardonner d'être déjà aimée, avec un simple baiser sur la joue, que mes lèvres auraient voulu remplacer.

Je me disais avant de quitter la gare, qu'avec le plus noble des égards, tu m'avais surtout murmurer secrètement : "Je t'ai aimé le court d'un instant".

Les histoires du Centre Visum - Les représentants ...

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