FICTIONS

Donner la vie à des histoires

Temps de lecture : 7 minutes (1350 mots)

Contes yvaltiens - Le pendentif yvaltien

Contes yvaltiens - Le pendentif yvaltien

Premier conte dans l'univers de la licence Visum, publiée sur www.visum-galaxy.com.


Un jeune de la Tribu grandit bien quand il écoute attentivement les paroles des anciens ; il apprend la vie avec les histoires des Yvaltiens.

Il fut un temps, il n'était pas facile d'être un enfant, les plus faibles périssaient, la nature n'avait aucune pitié, surtout quand les glaces tombaient du ciel en recouvrant les terres d'un manteau mortel. Les habitants sous les étoiles de Drey et de Dray connaissaient bien le son que faisaient leurs entrailles. La vie était si dure, il était difficile de trouver sa nourriture. De plus, la saison froide affamait les créatures de la nuit et celles-ci venaient alors chasser les plus petits. Les Tribus yvaltiennes avaient beau s'armer, beaucoup se faisaient attaquer. De la Rok aux nouveaux nés, des Tribus entières disparaissaient à jamais.

Dans cette lointaine époque, il existait une légendaire Rok. Tout le monde oublia son nom, mais son histoire traversa tout de même de nombreuses saisons. Elle dirigeait les siens comme toutes les cheffes respectueuses, on disait même que c'était une excellente chasseuse. Mais lors d'une chasse, justement, elle et d'autres femelles attirèrent une menace, malheureusement, qui engendra la mort et la destruction dans son clan. La cheffe et les siens décidèrent alors de partir dans les montagnes, espérant s'éloigner des prédateurs de la campagne. Mais la rudesse du chemin faisait appel aux plus grandes rigueurs de l'instinct, les jeunes mourraient pour défendre leur cheffe, leur mère, et la Rok pleurait en regardant tomber ses petits, ses sœurs et ses frères.

Après un long voyage, la Tribu put contempler le paysage, installée sur les hauteurs du monde, loin de son ancienne vie immonde. Là, il fallait tout refaire, construire une communauté prospère. Malgré cette nouvelle tranquillité, la Rok ne parvenait toujours pas à enfanter. Les siens pensaient qu'elle avait du chagrin, qu'elle avait perdu la volonté d'assumer son destin. Toute cheffe yvaltienne doit donner la vie à de nouveaux guerriers, sinon, elle n'a aucune légitimité pour diriger. Quoi qu'il en soit, douter de la cheffe était mal, il fallait plutôt guérir son énergie vitale. Alors la poignée d'Yvaltiens qui avait survécu se mit à chercher quelque chose qui pouvait soutenir son salut.

Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, on dansait pour éveiller ses désirs enfouis. Mais la Rok restait impassible devant les charmes de ces mâles incompatibles. Au fond d'elle se dessinait le chaos et elle voulait même sauter de haut, sans espérer survivre à la chute, s'épargnant ainsi un mauvais rut. Elle devait agrandir la Tribu, mais comment faire puisque aucun mâle ne lui plut. Elle se disait sans doute, que survivre à la dernière route était peut-être un malheur et qu'il fallait donner sa place à une de ses sœurs.

Le désespoir régnait dans le cœur du groupe, on annulait toutes les tentatives de la troupe et aussitôt les danses cessèrent pour laisser planer une ambiance amère. Les protégés de la Rok pensèrent qu'il valait mieux se concentrer sur d'autres activités, renforcer leur campement et continuer de chasser. Les plus téméraires essayèrent encore de séduire la grosse créature, mais celle-ci continuait à refuser toute nouvelle aventure. Les saisons passèrent et aucun nouvel enfant arriva. Fatiguée, la Rok décréta alors qu'elle avait besoin de temps pour cela.

La Tribu suivit les ordres de leur cheffe brisée, espérant qu'une solution puisse un jour tout arranger. Le plus jeune des mâles n'avait toutefois jamais essayé d'attirer l'attention de la Rok, il n'avait pas assez de confiance en stock, mais pourtant, il avait un don incroyable, une aisance pour construire des choses simples et formidables. Une de ses sœurs adorait notamment les jolies pendentifs qu'il fabriquait, surtout ceux avec de belles pierres qui brillaient. Voyant le plaisir qui se dégageait d'elle, un autre Yvaltien se disait que cela pourrait avoir du potentiel. Alors celui-ci parla au jeune artiste et lui demanda de faire un de ces pendentifs pour rendre leur Rok moins triste. Bien évidemment, celui-ci écouta l'idée du plus vieux, car pour faire toujours de son mieux, un bon et digne Yvaltien écoute toujours la parole des anciens.

Ce jeune de la communauté prit le temps de concevoir le plus beau bijou que le monde pouvait voir. Il y mit tout son amour et toute sa passion, se disant qu'il devait mériter la plus grande des attentions. Cette fois-ci, lui qui avait l'habitude d'être discret, devait plaire à l'être le plus distingué. Cela prit une saison entière mais le résultat était là, il savait que ce bijou allait plaire, il brillait de mille et un éclats. Accroché à une chaîne de végétaux rares, il avait soigné chaque détail, il ne fut pas avare, il y mit tout ce qu'il avait trouvé de plus beau dans ce travail. Maintenant que l'objet était prêt, il ne manquait plus qu'à le présenter.

Soutenu par tous les membres de la Tribu, il se sentait enfin reconnu. En outre, sa confiance reprit du poil de la bête et sans s'en rendre compte, il était désormais devenu une intéressante conquête. Et en effet, quand la Rok le vit arriver à elle, sa nature s'éveilla de plus belle. Toutefois, cet effet retomba promptement, sans doute car la cheffe avait l'habitude d'enfouir ce genre de bouillonnement. Sans trop tarder, le jeune mâle lui tendit son offrande. Pour la matrone de la communauté, la surprise fut grande. Elle n'aurait jamais pu imaginer une si belle chose, elle s'étonnait de se sentir en osmose, totalement hypnotisée, devant un si petit objet. Peut-être n'était-ce pas le bijou lui-même qui lui faisait effet, mais plutôt le fait de comprendre qu'il avait été fait, avec tous les ingrédients que l'ingéniosité pouvait trouver.

Toute la communauté était venue pour observer discrètement la tentative du jeune mâle. Des murmures commencèrent à entourer la scène pour former un doux fond musical. La Rok saisit enfin le bijou délicatement, elle qui faisait tout brusquement. Elle le mit juste devant ses yeux et admira de plus prêt cet objet merveilleux. Elle contempla longuement son présent sans plus trop faire attention à son prétendant. Ce dernier restait silencieux, le cœur qui battait fort devant tant de sérieux. Puis, la magie opéra. La Rok s'avança devant lui et le regarda. D'un simple geste, elle demanda au jeune mâle de lui mettre son cadeau autour du cou ; par fierté, celui-ci essaya de ne pas trembler malgré tout. Le cœur de l'Yvaltien s'emballa encore plus quand sa cheffe le prit par le bras, le traînant loin des regards pour consommer leur ébat.

On raconte que grâce à ce pendentif, la Rok et ce jeune mâle furent productifs. Ainsi, plusieurs enfants naquirent, renforçant cette Tribu qui pouvait enfin s'épanouir. Une cheffe à nouveau pleine de plaisir, une communauté avec le sourire, le bonheur était revenu, le temps des souffrances était révolu. L'histoire ne dit pas si cette communauté est restée dans la montagne, si elle a dompté les bêtes pour en faire d'utiles compagnes, personne ne sait ce que cette Rok et ce jeune mâle sont devenus mais l'histoire de ce pendentif s'est bel et bien répandue.

Depuis ces temps-là, la culture yvaltienne changea. Tous les Yvaltiens construisent désormais leur propre pendentif ; des grands, des petits, en acier, en bois, avec ou sans motif. Cet objet a le pouvoir de guérir les âmes, d'attirer l'attention des Roks, de faire briller la flamme des désirs, de redonner du souffle à ceux qui suffoquent. Chaque jeune de chaque Tribu doit s'en faire un pour préserver son énergie vitale, c'est un bijou très spécial. Et quand viendra le jour où un Yvaltien parcourra les eaux, après qu'il ait lâché son dernier souffle chaud, son bijou se déposera sur le lit d'un fleuve, d'une rivière ou d'un ruisseau, gardant ainsi une part de son essence pendant des temps immémoriaux.

Sur Yvalta, à chaque nouvelle saison, les plus sages aiment aller près des eaux. Quand ils chassent le moindre son, ils peuvent discerner bien des mots. Ce sont les murmures des morts, l'écho de plusieurs vies du passé. Le pendentif est un nouveau corps dans lequel l'énergie continue à se conserver.

Les histoires du Centre Visum - Les représentants ...

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